| No. 00-05/efg | 4 décembre 2000 |
Suite à la Conférence sur le changement de climat qui s'est terminé la semaine passé à la Haye, Pays-Bas, le Secrétaire général de la KE a publié la declaration suivante:
Aucun accord n'a pu être atteint à la Haye sur le problème urgent de l'évolution du climat. La Conférence des Églises européennes est très préoccupée par cette incapacité des nations à se mettre d'accord sur la nécessité de réduire leur taux d'émission de gaz à effet de serre, responsables de la déstabilisation actuelle du climat.
Depuis de nombreuses années la Conférence des Églises européennes (KEK) s'est engagée dans le domaine des changements climatiques et du développement durable. L'un de ses Groupes de travail a élaboré plusieurs documents substantiels qui ont été soumis à la Commission de l'UE. La KEK fait également office de secrétariat pour le Réseau écologique chrétien européen (ECEN), qui regroupe des représentants de presque toutes les Églises d'Europe.
Les experts scientifiques n'ont pratiquement plus aucun doute sur le fait que l'évolution du climat que nous commençons à observer de nos jours presque partout dans le monde est due, en partie du moins, aux activités de l'homme. Selon de récentes recherches le réchauffement global est susceptible de dépasser les premières estimations: les températures pouraient augmenter de six degrés d'ici 2100. Et, au lieu de prendre des mesures logiques, les pays industrialisés se perdent dans des débats et des négociations à n'en plus finir.
Il y a trois ans, dans le cadre de la Conférence des Parties à la Convention sur les Changements climatiques, un accord avait été obtenu en ce qui concerne le Protocole de Kyoto. Un objectif modeste de réduction des taux d'émission était donc envisagé. Mais, depuis, le monde industrialisé a réussi à réduire à néant la teneur de l'accord en recherchant des moyens de limiter la nécessité d'agir sur son propre territoire. Certains affirment qu'au lieu de prendre des mesures dans leur propre pays, ils peuvent s'acquitter des obligations de Kyoto grâce à des "mécanismes flexibles" tels que le commerce de droits d'émission certifiés, des mécanismes de développement propre, etc. A La Haye, les discussions se sont concentrées sur un renforcement des "carbon sinks", comme par ex. la plantation de forêts, etc. L'urgence de mesures effectives a été éludée par des débats techniques portant sur des échappatoires.
La Conférence des Églises européennes est convaincue que des mesures responsables doivent être prises par les pays industrialisés, et ce pour plusieurs raisons:
Pour stabiliser les conditions climatiques, au bout du compte, des réductions drastiques d'émission de gaz à effet de serre seront inévitables. Les scientifiques avancent le chiffre de 60% en 2050. Si cet objectif doit avoir la moindre chance d'être atteint, il faut s'y mettre dès maintenant. Or, la Conférence de La Haye n'a abouti à aucun accord, même pas une première amorce modeste.
Les actions reportées à une date ultérieure devront être prises plus tard, dans un délai bien plus court, avec des conséquences encore plus dramatiques pour la société.
Tant que les pays industrialisés ne sont pas prêts à réduire leur surconsommation de combustibles fossiles, il n'est pas possible d'exiger des pays en voie de développement de prendre des mesures responsables pour stabiliser leurs propres émissions. A juste titre, ces derniers critiquent le style de vie du monde industri-alisé, en le qualifiant de source supplémentaire d'injustice.
A l'occasion d'un entretien avec le Premier Ministre adjoint de Suède, la Conférence des Églises européennes a mis au défi le gouvernement suédois - qui assurera la présidence de l'Union européenne au premier semestre 2001 - de relancer le plus tôt possible les négociations de La Haye, et d'encourager les pays membres de l'Union européenne à maintenir les objectifs élevés qu'ils avaient acceptés à l'époque, au lieu de profiter de l'échec de La Haye pour restreindre leurs engagements. L'Union européenne devrait également contribuer à exhorter les pays industrialisés, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Union, à commencer par réduire les émissions de CO2 sur leur propre territoire.
On répète souvent que l'évolution du climat constitue une menace pour les générations futures. En fait, les phénomènes météorologiques semblent indiquer que ce changement ne se fera pas dans un avenir lointain, mais qu'il touchera la prochaine génération, voire la génération actuelle. Des catastrophes font de plus en plus de victimes, en particulier dans les pays du Sud, plus vulnérables et moins bien équipés pour contrecarrer l'impact de l'évolution du climat.
Les gouvernements ne peuvent agir que s'ils ont le soutien de l'opinion publique. Les Églises ont toutes les raisons d'élever leur voix. Les chrétiens croient que l'humanité est appelée à la gestion responsable de la Création de Dieu. Nous sommes arrivés, à cet égard, à un moment crucial. La chrétienté a de solides racines, précisément dans les pays industrialisés d'Europe. Il lui incombe donc également de sensibiliser aux conséquences que pourraient avoir le refus d'agir maintenant, dans ces régions du monde.